Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07/08/2013

Ces femmes qui font l'Europe (8) : Máriangeles Lazaro GUIL, sculptrice espagnole. Son poème. Par Françoise Neveu

Bando Ces femmes qui font l'Europe v2.jpg

La sculptrice espagnole Máriangeles Lazaro GUIL, dite GUIL, est l'artiste lauréate de l’appel à projets lancé par Femmes 3000 en janvier 2013 pour la réalisation des trophées qui seront remises aux 3 lauréates de l'édition 2013 des Trophées Femmes 3000 le 15 novembre 2013 en soirée au Sénat à Paris.

Nous vous offrons ci-dessous un portrait sous une forme originale : un poème, qui a été créé par Françoise NeveuPoète, coach (HEC©), peintre et adhérente Femmes 3000 (email).

Les photos ont été réalisées par Danièle Taulin-Hommel, photographe, adhérente Femmes 3000 également. (email)

______________________

Máriangeles Lazaro GUIL, Son poème

« Comment t’appelles-tu ? »

« GUIL »

« Comment ça se prononce ? »

« Gué, hu, hi, ell! ¡Ha ha! »

GUIL par Danièle Taulin-Hommell.jpgÇa se prononce comme on veut. Ca s’écrit GUIL, G U I L, c’est comme ça qu’elle s’appelle. Et elle est sculptrice. Ça, elle y tient. Sculptrice.

Elle dit. « Des gens me disent : c’est pas beau, on dirait un adjectif. ¿Comment un adjectif?  C’est un substantif, ¿non? !Bien sûr c’est un substantif! »

Comment dire. C’est même plutôt plus proche de la transubstantiation. Lorsque Guil arrive, c’est la joie qui sort de sa voiture qu’elle vient de garer sur cette petite place en triangle au cœur de poumon vert du square Le Gall à Paris 13ème, avec ses 6 arbres et ses 3 bancs. On dirait que le centre est décalé. On dirait, comment dire, on y croit, c’est comme si le centre de gravité du lieu prenait d’un coup sa vraie place, portant sa vie. Ce n’est plus le centre absolu défini comme j’en avais l’habitude par des calculs ; non. Comment dire : c’est devenu visiblement le centre relatif portant la vie du lieu, d’où elle part, situé quelque part en géométrie sous terre, à l’endroit du point où ces forces se rejoignent qui font palpiter l’air, dehors, qu’elles habitent.


Les forces relatives, les forces de la relation, les forces de cette vie font vivre l’espace où nous vivons et se, nous, traduisent, en lignes et en couleurs dans l’oeuvre de GUIL.

Elle transporte avec elle, en elle, ce qu’elle travaille.

La place prend la forme et la couleur de ce qui se vit entre soi et ce qui s’y trouve, et réciproquement ; tous les êtres ont toute place et définissent leurs alentours ; leurs atours ; une table du restaurant en terrasse, réciproque, libre, nous accueille de ce fait sur la place d’emblée dans un coin calme à l’ombre et au soleil, à l’air, suffisamment longtemps pour qu’elle finisse sa cigarette.

Et pour qu’on se trouve, et retrouve.

Lire la suite

30/07/2013

Ces femmes qui (ont fait) et font l'Europe (7) : Madame DE STAËL (1766-1817), une européenne avant l’heure

Bando Ces femmes qui font l'Europe v2.jpg

Madame DE STAËL (1766-1817), une européenne avant l’heure

Par Jacky MORELLE (email)

Madame de STAËL, l’une des plus grandes écrivaines d’un temps qui en comptait peu, était la fille du célèbre banquier genevois, Jacques Necker, dernier grand ministre de Louis XVI et de Suzanne Curchod, Vaudoise, femme d’une grande culture qui tint l’un des derniers salons littéraires parisiens d’avant la Révolution. Germaine Necker est née le 22 avril 1766 dans le magnifique hôtel d’Hallwyll,  28 rue Michel Lecomte Paris 3ème. En tant qu’ « amoureuse » du Marais, je ne peux m’empêcher de décrire très brièvement ce merveilleux hôtel qui mérite le détour. En 1766-1767, les Hallwyll vont embellir l’ancien hôtel, conservé, par l’architecte Claude Nicolas Ledoux, alors jeune et peu connu. La façade sur rue avec un portail encadré de deux colonnes doriques cannelées est un chef-d’œuvre. Ledoux a su créer une impression de majesté dans une parcelle relativement étroite. Des hôtels construits à Paris par Claude Ledoux, l'hôtel Hallwyll est le seul à ne pas avoir été détruit.

Madame DE STAËL.jpgMais revenons à Germaine Necker. La salle de jeu de la petite fille, c’était le salon de sa mère. Cette dernière considérait qu'il fallait exercer l'intelligence par un afflux précoce d'idées. Enfant prodige, Germaine composa à onze ans des Eloges. La jeune fille grandit en conversant avec les derniers encyclopédistes, avec les célébrités littéraires, avec les représentants de l’aristocratie et de la politique. Dans le salon cosmopolite et lettré de ses parents, elle a rencontré des émissaires du monde allemand : Grimm et Meister. Adolescente, elle s’enflamma pour Werther comme la plupart de ses contemporains qui ne connaissaient pas grand-chose d’autre de l’Allemagne. Ce fut cet éveil intellectuel qui conduisit Madame de Staël à écrire plus tard son livre De l’Allemagne. Madame de Staël forma son esprit dans le salon de sa mère, par la conversation des Philosophes, mais elle avait  la sensibilité trop vive pour ne pas se détacher du culte de la raison et de ne pas chercher dans les littératures étrangères des modèles plus conformes à sa nature : « …En lisant les écrits d’une nation dont la manière de voir et de sentir diffère beaucoup de celle des Français, l’esprit est excité par des combinaisons nouvelles, l’imagination est animée par les hardiesses même qu’elle condamne ». (préface de Delphine).

Lire la suite

23/07/2013

Ces femmes qui font l'Europe (6) : Julia Kristeva, Pulsions du temps

Bando Ces femmes qui font l'Europe v2.jpg

Ces alphabets qui font l’Europe : digression rêveuse à la suite de « Mon alphabet » dans Pulsions du temps, Julia Kristeva (éd Fayard, mai 2013)

par Françoise NEVEU (email)

220px-Julia_Kristeva_à_Paris_en_2008.jpgDans « Pulsions du temps », la sémiologue et psychanalyste Julia Kristeva (photo) fait battre le temps en des moments, quotidiens, culturels, de soi, des autres, scientifiques, de personnes, philosophes, écrivains. Ces battements du temps parcourent le livre et donnent au temps comme un bruit, régulier, scandé, qui revient,  et son existence au cœur. Donc aussi ses pulsions.

Dès le début, on se retrouve avec « Mon alphabet » dans une fête annuelle de la Bulgarie, qui est la Fête de l’alphabet. L’alphabet ici est cyrillique.

On réalise à cette occasion pour de bon, même si on le savait déjà, ah mais oui c’est vrai, que d’autres pays, en Europe, contenus pourtant dans cette entité commune, disposent effectivement d’alphabets différents les uns des autres, les autres du nôtre, le nôtre des uns.

En Bulgarie, durant cette fête, la communion avec cet alphabet, et donc avec la question de la lettre, apparait telle dans ce qu’on peut en lire qu’elle met aussi tous les sens en alerte et exacerbe  des effets qu’un alphabet inscrit dans une âme. Ce faisant, on assiste à ce qu’un changement d’alphabet en même temps qu’un passage de frontière peut induire, ébranler, tutoyer, questionner, mettre en doute, dans les habitudes d’une personne et son habitus, même, sa manière d’être au monde. Lorsqu’elle est amenée à passer des frontières, même en Europe et peut-être surtout en Europe où celles-ci n’existent plus sur le terrain de la géographie, les frontières demeurent, loin, à l’intérieur des pays, par la langue. Elles en sont peut-être de ce fait d’autant plus voyantes, effectives, provoquant, sollicitant, focalisant, synthétisant, ce qui veut l’être de cette frange qu’est le langage entre soi et l’autre, entre l’ici et l’ailleurs, entre le maintenant et l’avant et l’après du temps .

Lire la suite